Love Letters ("Erosthème")

Nuit d'agonie

"A moi l'une de mes folies"etc.

I

Je voudrais te voir agoniser dans des cercles infirmes, je voudrais te voir agoniser sous des voûtes d'infini, et pouvoir ainsi te contempler, en mon miroir infâme, baiser tes yeux révulsés, me couler en toi, et ne jamais me relever, mais briser la chaîne - pour la faire plus saillante - chaîne qui m'unit à ton regard, qui à ton appétit me tient attachée et rompue, ouverte et déjà pleine ; je serais Reine, tu seras victime, offerte en expiation de tous nos péchés de chair mêlée, tu périras sous mes feux je me déplierais sans attendre avec grâce et invite jamais désavouée- ton râle sera ma joie, ton souffle ténu mon orgasme.

II

Alors je t'aimerais sans doute mais te crierais de te taire, alors ne cesserais de te fondre sous mes doigts agiles - mes cuisses comme des serres - j'introduirais ma langue dans ta bouche pour te faire goûter mon poison amnésique, mes mains souillées de toi, moites encore de ton liquide qui s'astreint suave garderont là ton sexe raidi par l'effroi le désir la semence qui reflue.

III

Avant je te tiendrais là, sous moi, et tu m'offriras ton chef, afin que je le désengage de tout le reste qui t'obstrue. je serai l'empoisonneuse la gueuse la superbe, tu seras ce qui se révèle, germe et s'affaisse, se donne et se sait, en deçà de mes voûtes triangulaires ; je serais prédateur avide assoiffée de ton sang jeune toi la proie délétère ; mon regard de serpent te transpercera, je te ferais jaillir, t'épancher pour me plaire - et tu ne jailliras jamais assez pour étancher ma soif.

IV

Tu seras abandon, et moi désir pur lavé de tout acerbe comme la lame de couteau - une lutte sanglante et ondulatoire commencera alors entre nos deux corps. Je ne serais plus vivante, non, mais au-delà de moi-même.

V

Tu toucheras la mort du doigt, pour qu'elle ne se relève plus. Elle te dictera de te taire. Par mon ondulation tu prieras qu'elle vienne t'arracher à l'étreinte, puis tu te raviseras : il est bon de s'unir. Je me loverais en toi, tu failliras dans le temps ; mon ouverture sera ton océan de pitié, tu t'y noieras sûrement tu seras l'offrande même.

VI

Je ne t'épargnerais pas, te viderais de tout ton souffle, te priverais de toi-même - mains ôtées au passage de mon sexe sur ta bouche, qu'elles me tiennent debout, déchirant mes cheveux exubérants de feu ; le désir ne sera jamais consumé - je l'aiguiserais de mes charmes.

VII

Tu m'imploreras du regard, ton sexe ne serait plus qu'une partie de moi-même, tu me verrais extatique, toi agonisant, priant qu'on te libère - une agonie lente, agonie lancinante - ma litanie, mon chant funèbre, entends mon corps exulter.

VIII

Ce ne sera plus qu'une lente et monstrueuse dévoration ; yeux exorbités, retournés dans leur sang dans ma langue, ton sexe appesanti au seuil de ma gloire à l'aube de ta défaite - je te tiendrais tacite, tu n'aurais eu le temps que de me plaire l'ombre d'une seconde le silence d'un instant.

IX

Tu seras ma dernière proie pour la nuit, je te tiendrais proche de moi-même ne desserrerais pas mon étreinte avant de te savoir au bord de toi-même déjà de l'autre côté, alors tu seras moi-même et je jouirais dans ta lente agonie. Ma vulve dévorerait tes entrailles, ton sexe encore suave d'une suavité de moisissure - goût de mort qui s'engendre. Nous, nous n'aurions fait qu'engendrer notre propre désir.

X

A la fin de la danse je te laisserais livide et exsangue tu ne serais plus qu'une chair froissée, mon visage serait de flamme - je m'en retournerais au petit matin en quête d'un autre corps à rassasier dont je puisse me remplir à nouveau, déjà je coulerais de tous bords et n'aurais d'autre temps que celui du déclin - un autre corps, plus subtil, moins froid, plus sourd et moins acre.

XI

Ma bouche en sang me dictera ma loi, mon pas léger gradiva de passage me guidera à travers l'insolite l'imprévu me fauchera au passage, je serai en éveil et dégagée de ma faille Je croiserai un regard, et reprendrai ma danse, moi Reine de Saba.

XII

Je défaille tu tressailles tu t'épanches je m'éclipse..

Gaëla