
.Pourquoi
moi ? Il m'a posé deux fois la question. Parce que j'étais
déjà séduite avant de le rencontrer, parce
que c'est lui qui m'a ouvert les portes de la Pologne, c'est grâce
à lui que j'ai acheté mes billets d'avion, il m'a
donné en quelques heures la réponse sur l'ouverture
de la cricotèque que j'attendais. Parce qu'ensuite, sans
rien attendre en échange, il m'a envoyé plusieurs
mails sur ce qu'il aimait, Alchemia, Zakopane, etc. Et puis il m'a
invitée chez lui, et cette première rencontre était
si douce, si facile j'ai envie de dire. J'avais regardé son
site, j'avais pensé " ça doit être lui
en photo, il est pas mal, mais bon ". Mais bon, ça voulait
dire pas de grand risque de séduction. J'étais heureuse
de cette rencontre. Au moment de sonner à l'interphone, je
m'étais dit je suis quand même un peu dingue d'aller
m'enfermer chez un mec que je ne connais pas, sans en avoir parlé
à personne, j'aurais dû donner rendez-vous dans un
café et puis l'appréhension s'est dissipée
quand l'ascenseur s'est ouvert, il avait une bonne bouille. C'est
vrai qu'il a beaucoup parlé, mais je venais là pour
apprendre, pour prendre des conseils, que pouvais-je dire ? J'étais
émue de le voir consulter ses tableaux, les feuilleter sans
précaution, entassés dans un sac Ikéa, m'en
parler. Il devait déjà avoir fait le chapitre à
des dizaines de critiques, acheteurs, amis, mais il me faisait la
visite avec enthousiasme, je n'ai pas ressenti une leçon
répétée, il prenait la peine de. Je n'ai pas
eu l'esprit ailleurs pendant l'heure ou les deux heures où
j'étais avec lui. J'étais même très concentrée
sur moi, sur ce qu'était Kantor, tout ça, les livres,
les tableaux
Quand j'ai décidé de partir, sur
le pallier il m'a dit je ne t'embrasse pas, à cause du rhume,
ou quelque chose comme ça. J'ai su d'un coup que j'avais
eu envie de ses mains sur mes épaules, de ses lèvres
contre mes joues et je suis partie avec l'envie de bouder comme
une petite fille. Je l'avais trouvé drôle, séduisant,
passionné, intelligent, et si vif, et j'avais envie de toucher
sa tête et ses petits cheveux tout courts. J'ai pensé
" il doit vivre seul, il doit avoir une maîtresse régulière,
jeune, qui adore ses uvres, une étudiante aux beaux
arts ou une jeune critique, et il doit séduire facilement.
Mais est-ce qu'il était séduit facilement ? Ma seule
chance est que les plus de 50 ans aiment toujours ajouter à
leur tableau de chasse des nanas de moins de trente ans, même
sans autre charme que leur jeunesse. Et j'ai aussi pensé,
voilà, avec mes conneries, je ne vais penser qu'à
lui quand je serai en Pologne
.

Son
site internet dit beaucoup, on pense que cet homme-là raconte
tout facilement, expose mais s'expose aussi facilement. Sur internet,
j'ai aussi lu son CV au moins 10 fois. Sur son site, il y a beaucoup
de tableaux en photo, des chapitres, des interviews, des critiques.
Ses propres mots, dans les interviews, j'ai du mal maintenant que
je le connais, à les reconnaître car ils sont bien
sûr récrits en un français impeccable, méconnaissable.
J'aime d'emblée le concept de la cartonthèque, et
de la photothèque, l'accumulation, la matière, la
recomposition permanente selon les expositions, les tableaux qui
changent d'assemblage et qui au gré de leur accrochage, vont
prendre peut-être un autre sens, une autre dimension. Je ne
comprends comme d'habitude rien aux critiques, je ne vois rien de
ce qu'ils y voient, mais jusque-là, tout est normal. Je vois
des tableaux qui mêlent quelque chose de primitif, avec des
symboles, comme les croix, les cercles, les étoiles. On est
tout de suite interpellé, ça parle à tout le
monde, à un fond commun de signes et de connaissances. Les
couleurs surtout des couleurs primaires, du rouge, du jaune, du
bleu, beaucoup de noir aussi. Et puis je distingue des traces d'écriture,
pas sur tous, je ne sais pas, qui me mènent plutôt
vers quelque chose de moderne, mais pas contemporain, c'est écrit
à la main, pas en traitement de texte. Qu'est-ce que j'écris
encore à la main ? Rien. Si, des listes, mon emploi du temps,
quelques mots doux, des notes, des citations. Qu'est-ce que sont
ces lignes ? Une légende de l'image, un commentaire, la source,
une note. Tout ça à la fois peut-être. C'est
une écriture très déliée, limpide, un
peu à l'ancienne, mais on ne lit rien. Elle est cachée
ou révélée, cache ou révèle aussi.
Ce sont des couches superposées, comme les cartons entassés,
certains en cachent d'autre, d'autres les illuminent. Cette série
est gaie par ses couleurs éclatantes, chaudes pour certaines,
et si grave en même temps, judaïsme, chrétienté,
mort, macabre, trou sans fond, sorte de cyclone (ou de bouche géante,
c'est selon).

Dans
les petits tableaux, la photothèque, difficile de ne pas
laisser traîner son regard un peu lourdement sur les polaroïds
érotiques. Bien évidemment, lors de la première
visite, et de la 2e lorsqu'il me dit qu'il a besoin de modèles
et me propose d'en être, c'est de l'art, c'est du travail,
rien d'autre. Quand même un peu gonflé. Il ne regarde
pas sans doute ? il cherche l'uvre, c'est tout. Nous prennent
quand même tous un peu pour des cons les artistes dès
qu'il s'agit d'érotisme. N'empêche que cette série
est chouette aussi. Plus rieuse, ironique, que ce que j'ai vu sur
les autres tableaux. C'est le fait que ce soit tout petit qui me
plaît aussi. Les photos sont petites, les symboles aussi,
le format surtout. Il faut s'approcher pour voir ce qu'on veut nous
montrer. Je vois déjà les gens dans l'expo regarder
très sérieusement les tableaux et les photos cul,
d'un regard très sérieux et artistique. Et avoir envie
de leur dire merde quoi ! vous êtes quand même en train
de regarder un cul en gros plan, souriez, rougissez, baillez, faîtes
quelque chose ! Bon, j'aime ce qu'il fait. Je n'aurai pas besoin
de faire semblant.

Kantor,
c'est un souvenir de la classe .On avait regardé un extrait
de " la Classe Morte ", en classe justement, et tous ces
cons d'élèves s'étaient fait chier, bien entendu.
Je ne me rappelle pas qu'on en avait vraiment parlé en classe
ensuite..Et moi j'avais adoré, j'avais l'impression que voilà,
c'est ça que j'avais dans le cur, dans la tête,
et que je le voyais traduit à l'écran. C'était
triste, sombre, drôle, méchant, atroce, des vieux séniles
qui retrouvent leur cartable, ils criaient, pleuraient, riaient,
c'était du théâtre, en noir et blanc, en même
temps je ne comprenais rien à cette jolie langue venue d'ailleurs.
Voilà, j'ai su que j'allais aller plus souvent au théâtre.
Tous les spectacles de la Fonderie, les plus classiques de l'Ephémère,
théâtre de répertoire contemporain. Voilà,
j'aimais tout ça. Et puis les livres, Denis Bablet, la cassette,
le beau livre de photos trouvé chez le bouquiniste. Et puis
l'envie d'en voir plus, mais bon, pas le sujet d'études,
pas de fric, pas de complice pour m'accompagner à Cracovie,
et puis le temps passe. Et pourquoi j'ai dit la semaine dernière
" après tout si j'y allais maintenant. " Et tout
est revenu, les souvenirs, le théâtre, la fascination
de l'aventure des pays de l'Est, le goût de la solitude. C'était
pas le moment, -25° par endroits, la neige, le manque de fric,
le chat à adopter, pas le temps de préparer quoique
ce soit, pas le temps d'apprendre des rudiments de polonais, la
saint Valentin pile au milieu du séjour, et puis tout ça
m'a paru moins fort que mon désir d'y aller, impératif,
tout de suite ou jamais. Je n'ai pas changé de personnalité
depuis, je ne sais pas, mes 8 ans peut-être, j'ai juste pris
un peu d'assurance et me suis habituée à moi. C'est
comme ça, j'hésite, je réfléchis pendant
des heures, des années, et puis quand je fais quelque chose,
c'est souvent n'importe quoi. Je suis de ces timides qui le sont
tellement, tout est tellement difficile, prendre le téléphone
pour appeler le dentiste, réserver un livre à la bibliothèque,
demander l'heure à quelqu'un dans la rue, que parfois, la
machine se détraque, et on fait n'importe quoi, jusque des
trucs que quelqu'un d'équilibré n'aurait pas osé
faire. Bon, ce voyage, c'est pas vraiment dingue non plus, mais
curieusement, ça a paru dingue à tout le monde autour
de moi. Quelle image je donne, mieux vaut ne pas y penser.
Pourquoi
la Pologne ? Kantor, Gombrowicz, pays de l'Est. Moi je trouve que
c'est suffisant, mais je vois bien que ça ne convainc pas.
Tant pis. C'est assez condensé dans ces quelques mots. Quand
j'avais découvert Gombrowicz, j'avais lu tout ce qui me tombait
sous la main, tout aimé, et encore une fois, j'avais le sentiment
que cet absurde-là, ce sentiment d'étrangeté,
de trouble indéfinissable, d'ironie, ça ne venait
que des pays de l'Est.
Ces gens qui nous ressemblent, en Europe,
beaucoup moins différents que les asiatiques ou les africains,
et en même temps, avec ce truc incroyable qu'a été
le communisme, ils nous ressemblent et sont décalés.
Aujourd'hui,
c'était un peu particulier. J'étais si mal à
l'aise. J'avais cette fois la tête ailleurs, tout en étant
à ce qu'on disait. En fait, j'avais peur que ma bouche formule
des mots que je n'aurais pas voulu laisser passer. Je voulais dire
" oui, j'ai lu Witkacy, je me souviens surtout de la pièce
La Mère ", et je pensais " j'ai envie que tu m'embrasses,
prends moi dans tes bras ", je voulais dire " oui j'ai
vu cette église " et je pensais " j'ai été
partout où tu m'avais conseillé d'aller, pour marcher
dans tes pas ", je voulais dire " oui, en Pologne, j'ai
trouvé les femmes plutôt moches et les hommes plutôt
séduisants " et je pensais " mais je n'ai répondu
à aucune avance parce que déjà avant de partir,
c'est avec toi que j'avais envie d'aller ", et du coup je ne
pouvais rien dire. J'avais froid chez lui en plus, je voulais lui
demander de me passer un pull, ou mon manteau qu'il avait rangé,
sans que ça veuille dire que je voulais partir et je suis
restée à me geler. Quand il m'a mis mon manteau, lourd
et chaud, j'ai pensé " fais quelque chose, retourne-toi,
dis lui qu'il te plaît, fais quelque chose maintenant, tu
n'oseras jamais le rappeler et lui pourquoi le ferait-il, tu rates
peut-être encore une fois quelque chose. " Et puis rien.

Mais
j'avais le cur si gonflé, que je n'ai pas pu m'empêcher
de lui dire ensuite par email que j'aimerais le revoir. Et je me
suis dit, samedi, tu lui dis quelque chose, tu te prendras un râteau
mais c'est pas l'histoire de ta vie, qu'importe, fais quelque chose.
Et
je n'ai rien eu à dire, ni à faire. Quand il m'a touché
les cheveux, j'ai rougi, mon cur battait fort, et j'ai pensé
est-ce que c'est ça que je voulais, si ça ne va pas,
si je dois le regretter, dis le maintenant, va-t-en, mais non j'étais
bien, je m'étonnais d'avoir été comprise avec
peu de mots. Je n'ai jamais tellement aimé les baisers, toujours
trouvé que ça mouille sans faire mouiller, mais j'ai
adoré sa bouche, sa langue, c'est si doux et impératif
en même temps, j'ai su que j'allais aimer sa façon
de faire l'amour. On est montés très vite, il m'a
déshabillée entièrement, m'a allongée,
c'était bien, j'étais conduite doucement pour tout.
Son corps est sec, dur, sa peau est très blanche, presque
sans poils, rien sur les jambes, le sexe. C'est très érotique.
Seule la peau du cou et le haut de la poitrine avec quelques poils
gris et blancs, disent son âge. J'ai adoré faire l'amour
avec lui. Sa langue entre mes cuisses était comme sur mes
lèvres, chaude, douce et agile. Je me surprends me laisser
faire, je ne veux penser à rien, surtout pas, je voudrais
oublier tous les blocages, toutes les conneries. Je pourrais jouir
en quelques secondes. Je suis surprise de ses gestes tendres, me
prendre la main, m'embrasser encore, sagement, longtemps après
s'être rhabillés. J'ai envie de me serrer contre lui.
Ne pas tomber, rester stoïque, pas d'abandon, ne pas soupirer,
pas de mots doux, rester debout. Pour revenir.
J'ai
pensé, quelle connerie la fidélité sexuelle.
Comment renoncer à découvrir le corps d'autres hommes,
à renoncer à ce plaisir que je n'ai qu'au début
des relations, où tout est facile, le désir et la
curiosité sont là, pas de peur, pas de panne, de corps
serré, fermé, comment renoncer à cette surprise
qu'est la découverte de la manière de faire de l'autre.
Avec chaque amant, il y a toujours eu des choses que je préférais
faire, d'autres pas, qui ne marchaient pas, ou qui faisaient mal,
ou rire au contraire. Avec lui, j'aime tout, je me sens malléable,
simple, sans complexe, sans crainte de faire de travers, sans tabou,
sans appréhension. Cette première fois était
si surprenante, si belle. J'ai pensé, près de lui
sur le lit, encore nus, dans un temps suspendu, où je reprenais
mon souffle, mais pas encore conscience de ce qui s'était
passé, qu'il avait la façon de faire l'amour des hommes
qui ont eu beaucoup de femmes et qui savent ce qu'ils aiment. J'avais
choisi X
pour ça aussi, pour cette putain de première
fois, parce qu'il aurait des gestes sûrs, parce qu'il saurait
me prendre, parce qu'il ne se rendrait peut-être pas compte
que c'était ma première fois, parce que je ne compterais
pas dans sa vie, je serais une parmi d'autres, parce que je serais
libre de l'aimer puisque je n'en attendrais rien. Est-ce que c'est
aussi cela que j'ai entrevu avec lui?
Ne
penser à rien. Ne pas penser. Ne pas essayer de se souvenir.
Et puis se laisser envahir soudain par une bouffée de chaleur
dans la poitrine. Fermer les yeux, serrer les poings, laisser passer
le désir, le besoin d'une caresse, sa main sur ma joue, dans
mes cheveux. Et puis cesser de lutter et s'autoriser à revoir
quelques secondes d'amour défiler. Est-ce que je n'ai pas
rêvé. Dimanche, c'est le chat qui vient me chatouiller
le visage avec sa queue, je me réveille avec la sensation
de douceur ressentie dans les bras de B., et un instant de panique
est-ce que j'ai inventé tout ça ? Est-ce que c'est
plus fou d'avoir inventé tout ou de l'avoir vécu ?
Je me souviens de ses quelques mots pendant l'amour. Je ne regrette
rien.

J'ai
passé 4 jours dans cet état de sensibilité
à vif, à soupirer sans arrêt, passé trois
jours à caresser le chat, le regard dans le vague. Tout est
prétexte à penser à lui. Le samedi après-midi,
en cherchant un livre pour I
, j'achète un roman de
S. H. comme j'avais bien aimé le premier. En commençant
la lecture dans le métro, je lis l'histoire d'une jeune femme
qui regarde de sa fenêtre un homme peindre, et qui, après
avoir attiré son attention, traverse la rue et sonne chez
lui, ils font l'amour, et elle s'en va. Ils deviennent amants, etc.
Bon, un peu facile, d'accord. En cherchant un vêtement de
bébé pour A .., je caresse un pull si doux, j'ai les
yeux embués, j'ai l'impression de caresser une partie du
corps de B. Je le prends, il n'est pas beau, très orange,
mais je le porte tous les jours, pour me frotter les poignets et
le cou dans le tissu si doux. Toutes les paroles de chanson débile,
que j'ai envie d'écouter plus que jamais, me ramènent
à lui. I. qui chante " J'ai envie de te voir "
ou encore " alors viens, sur moi, sous mes doigts, sur ma peau,
dans ma vi-ie ". Je suis complètement euphorique, je
n'avais pas ressenti cette bouffée de cuculisme aigu depuis
fort longtemps. Et puis, depuis qu'il m'a répondu qu'il ne
voulait pas écrire mais préférait me parler
en face, je me suis faite à l'idée que c'est la dernière
fois que je le vois. J'ai le sentiment que je vais exploser, après
quelques jours de soupirs inspirés, c'est insupportable.
Je l'ai aussi compris comme " cesse d'écrire, ça
me met mal à l'aise ". Il va me dire que c'est compliqué,
qu'il a quelqu'un, que ça ne peut pas continuer. Bref, au
lieu de dire qu'il n'a pas envie de coucher de nouveau avec moi,
et que l'on ne se verra plus, je vais avoir droit à un discours
mêlé de morale et de regrets qui aboutira à
me faire partir en courant. Je n'ai pas envie d'aller le voir, je
voudrais lui répondre que si c'est ça, inutile de
venir, je préfère lire que d'entendre et rester où
je suis. Je n'aime pas les baisers qui ont un goût de dernière
fois. ça ressemble aux au revoir à la gare. Bon, et
si ce n'était pas ça ? J'irai quand même je
le sais bien.
Et
puis non, quand j'arrive, je suis de marbre, remontée à
bloc, je me suis promis de ne rien dire, de ne rien montrer, qu'il
me laisse repartir avec ce qu'il a à me dire, et basta. Mais
il m'embrasse, je me sens fondre, je n'y étais pas du tout,
quelle nouille, je me suis gâchée la semaine avec ça.
Je sens que je tiens beaucoup trop à lui, que ça ne
va pas, les mots je t'aime sont juste derrière les dents,
posés sur la langue, pourvu qu'ils ne s'échappent
pas, je les mâchouille bien avant de les avaler. Voilà,
maintenant je peux sourire. Si je lâchais ça, ce serait
vraiment nul, parce que les hommes n'entendent pas je t'aime, comme
je l'entends, ils entendent je ne vais plus te lâcher, je
suis malheureuse, tu ne m'aimes pas comme je t'aime, est-ce que
tu m'aimes aussi, je veux tout connaître de toi, etc etc.
Non, moi c'est juste je t'aime. Je devrais détailler : je
suis bien auprès de toi, j'aime tout ce que je connais de
toi, j'ai envie de toi, je désire sans attendre. Non, c'est
pas exactement ça non plus, je triche. C'est juste je t'aime.
C'est
la première fois que je suis vraiment avec quelqu'un, avec
X. Avant, bon, c'était pas considéré comme
tel, et ces crétins m'encourageaient tous à coucher
ailleurs. Là, je suis avec X., qui serait malheureux que
j'aille voir ailleurs. Et je peux dire " je suis avec quelqu'un
". Du coup, l'amant n'a pas peur que je tombe amoureuse de
lui. C'est sans doute pour ça qu'on peut se revoir. C'est
simple. J'aurais toujours dû dire que j'avais quelqu'un.

Quand j'ai vu le visage de Charlotte, je ne rappelais pas qu'elle
s'appelait Charlotte, tout m'est revenu,
, me rendre compte
que non, je ne serai jamais guérie de ces années-là,
de toutes les désillusions qui me sont tombées dessus
d'un coup, je ne serai jamais heureuse d'y retourner. Charlotte,
oui je m'en souviens bien. Elle était belle, on se le disait
souvent avec X, elle avait des beaux yeux sombres et souriait facilement.
Ils étaient quelques comédiens, auteurs,...à
tourner autour d'.. et du ... Est-ce que c'était d'elle la
pièce que j'avais vue ? non, je ne crois pas. ..La cie de
Charlotte c'est le théâtre de la Valse. Non ? Bon,
je ne sais plus. Est-ce que Charlotte avait fait le stage au ..
? Non, si elle se destinait à l'écriture et pas au
jeu. Bon. Mais son visage m'a rappelé les heures d'attente
dans la cage de verre, l'ennui au théâtre, le sentiment
de culpabilité, de gâcher ma vie, les réservations,
les salles vides, le développement des complexes et vexations,
le mutisme, ma haine d'X... Pourquoi est-ce que ce ne sont pas justement
les moments où X.. était là qui me reviennent
? les fous rires avec X.., les soirées à parler d'art
avec X.., les week-end de lecture, les vins chauds avec X.., le
plaisir d'être enfin indépendante, les nuits avec X..
? Non, ce n'est pas ça qui me revient.
Le
monde est petit, j'ai le même amant que cette fille d'Orléans,
à qui je n'ai jamais parlé. De toute façon,
quand je suis partie, personne ne savait qui j'étais, ce
que je foutais là, sauf X .., et encore, puisqu'ils ne savaient
pas qu'une expo sur Kantor pourrait m'intéresser et ne m'ont
pas prévenue. Pourquoi je n'ai pas parlé pendant ces
longs mois ? Si, il y avait aussi ce peintre décorateur de
théâtre, comment il s'appelait, il parlait si bas,
presque un murmure, il avait un nom de l'Est tiens lui aussi, il
me parlait des heures, debout, presque contre moi, en regardant
ses pieds. On se comprenait sans se dire beaucoup. Il avait une
femme noire exubérante, avec des seins énormes. Drôles
de souvenirs. Je n'ai pas envie de me souvenir d'Orléans.
Pourtant, dans la série " écris donc, ça
coûte moins cher que d'aller voir un psy ", je ferais
mieux, je ne me fermerais pas comme une huître dès
que qqn me parle d'
..

J'ai
envie de lui dire que je les ai déjà lus et qu'il
y a des fautes de frappe et d'orthographe. Je suis méchante,
mais pas complètement puisque je ne le dis pas. Et puis je
pars dans un coin pour vérifier que la fiche de B.K.. comporte
bien la photo. Sur Internet, je pouvais déjà passer
plusieurs minutes à sourire devant les portraits de la page
d'accueil, que j'arrête image après image avec la souris.
On tourne lentement dans la salle, studieusement. L'autre vieux
vient me voir, c'est chiant mais touchant en même temps, ils
ont le cur à l'ouvrage, il vient me dire que B.K aime
les arbres et a été attristé de la tempête
de 1999 et de la chute des arbres. Est-ce que B.K ne m'a pas parlé
aussi de cette tempête, qu'il était à Marrakech
? Qu'est-ce qu'ils ont tous avec ce 26 décembre 1999 ? Le
vieux me demande comment j'ai eu vent de l'expo, je n'ai pas envie
de dire que je connais un artiste, bon, je ne peux pas trop me défiler
devant X., " je connais un des peintres, qui m'a parlé
de l'exposition ". Lequel ? Décidément, commence
à être lourd celui-là. Je prononce B.K. avec
jubilation, avec son accent à lui, que j'ai retenu en écoutant
des dizaines de fois son message sur le répondeur. "
Ah ! B.K., oui, ses uvres sont là. Il est attachant
n'est-ce pas ?
N'est-ce pas ? - Oui oui. - Il est très
volubile, non ? On ne s'ennuie pas avec lui ! " Oui, il parle
même pendant l'amour. Non, je ne m'ennuie pas avec lui. Je
souris, je rougis, oui c'est vrai, il est volubile, ce qui rend
mon silence avec lui encore plus criant. Mais est-ce que B.K est
attachant ? est-ce que je suis attachée à lui ? Je
n'avais pas envie de parler de lui, bon, trop tard. Le vieux ajoute
que la peinture de B.K plaît beaucoup. Faut dire que le reste
n'est pas très folichon non plus. Je ne vais quand même
pas lui dire que j'aime ses tableaux, qui sont ici mal éclairés.
Je suis venue pour voir ses peintures dans un autre cadre que chez
lui, finalement ça ne donne pas grand-chose.
Je dis quelques mots sur ce que je sais du concept, de la "
Cartonthèque ", quelques mots de ce que j'aime et moins,
et on passe à un autre artiste.
Tout le monde a quelque chose à dire sur la Pologne. Quand
j'ai dit à X.. que j'étais allée en Pologne,
après les blagues habituelles " toute seule en Pologne
? avec moins trente ? la neige,.. ? allez, tu peux bien me le dire
à moi, t'as quelqu'un là-bas ? ". Quand je dis
à X que je pars une semaine, il me dit que sa mère
est polonaise et qu'il a de la famille là-bas. Quand j'en
parle à X, elle me souhaite qu'ils ne soient pas tous comme
le seul qu'elle connaît, moche, avare et stupide. Tout le
monde a quelque chose à dire sur les Polonais.

Sa
voix est très belle, et son accent si prononcé qu'il
ne ressemble à personne d'autre. Et j'entends sa voix en
le lisant, ce qui est somme toute assez rare.
Son
mail, on dirait du Marguerite Duras. Lui / Elle. On ne sait pas
s'ils se parlent, on le devine, on l'espère, mais ce n'est
pas dit. Décidément, je revisite tout mon passé,
si après relire Gombrowicz, il faut que je relise les 20
Duras que j'ai sur les étagères.
Ses fautes de grammaire et d'orthographe sont tellement grosses
qu'elles dirigent la phrase vers plusieurs sens et qu'elles évoquent
d'autres images que ce qu'elles disent textuellement. Le mot "
été " soudainement, me dirige vers l'été
où j'avais vu " Manjacy ", malade comme un chien
avec 39 de fièvre.
" L'old man ", c'est l'homme sans visage, l'homme désiré,
le professeur fantasmé. Tadeusz Kantor, c'était il
y a peu encore des souvenirs, et c'est aujourd'hui au goût
du jour, de mon jour.
Il y a une suite. Une suite pour la pièce ou pour les amants
? J'ai envie de répondre oui tout de suite. Au moment d'envoyer
le mail, je me dis " sans même regarder mon agenda ?
j'ai pas un truc ce jour-là ? " mais je m'en fous de
ce qu'il y avait de prévu ce jour là, puisque maintenant
il y a lui, et nous.
Bon, me voilà triste et boudeuse, énervée,
je me déteste comme ça, je m'étais dit "
oui à tout ça si ça ne me rend pas malheureuse
". Donc, changement de cap. Oui il revient, non je ne vais
pas le voir, bon, c'est aussi simple que ça. En fait ,j'aimais
mieux le savoir loin, en plus, loin mais dans un décor que
je connaissais un tout petit peu. Je n'étais pas tentée
de passer le voir, de l'appeler, je savais qu'il n'était
pas souvent derrière un ordinateur, aucune tentation. Maintenant,
je pourrais passer le voir, l'appeler, lui laisser des petits mots
et en même temps, pas vraiment, il n'a aucune envie que je
passe, hors du cadre prédéterminé, moi je déteste
le téléphone et voilà. Bon, bon, c'est pas
très grave, surtout c'est comme ça, passons à
autre chose. En plus c'est moi qui ai retardé le rendez-vous,
on aurait pu se voir samedi. Mais j'ai presque fait exprès
de me caler un truc à ce moment-là, et je le savais
depuis longtemps, même avant qu'il parte. Je pense qu'il vaudrait
mieux l'écrire maintenant, oui oui, j'avais l'impression
qu'on ne ferait plus l'amour. La dernière fois déjà
n'était pas comme les autres, je l'ai senti moins présent,
moins dans le plaisir de la découverte sans doute, et puis
bon, allez, si je fais le mélange de ses 3 raisons (pourquoi
tu continues à me voir : ) parce que tu aimes Kantor, parce
que tu t'intéresses à la Pologne et pour le sexe,
et si je le mets en rapport avec la réalité : on ne
parle pas de Kantor, la Pologne, il n'en dit pas grand chose, je
n'y retournerai peut-être jamais, et le sexe, il m'a dit qu'il
aimait les filles qui prenaient des initiatives, et que moi je n'en
prenais pas, ce qui est vrai, et bien voilà, on arrive à
zéro raison, donc zéro envie de continuer à
me voir. C'est mathématique. Je crois qu'il ne le sait pas
encore, c'est ça qui est un peu curieux mais bon, l'éloignement
lui a fait oublier mes piètres performances et mon peu de
conversation. Enfin bref, je suis partie de chez lui la dernière
fois les larmes aux yeux, avec l'envie d'arrêter tout, avant
que ça devienne moche. Bon, bon, mais bien sûr, moi
aussi l'éloignement aidant, ses petits mots, ça m'a
fait un peu oublier.
Je ne prends pas d'initiatives. ça m'a fait vraiment mal
d'entendre ça, comme toutes les choses négatives et
vraies sur soi, de toute façon. Non, je ne prends pas d'initiatives,
un mélange de : aucune imagination, bien trop timide pour
entreprendre quoi que ce soit, bien trop moche pour avoir envie
de se mettre en avant, et voilà, c'est nul. Bon, curieux,
même en l'écrivant, ça ne passe pas.
J'aurais
pu le prendre comme un défi : prends des initiatives ! Mais
non, je ne suis pas très combattive. Je me reconnais bien
avec ce fichu caractère en ayant pensé " bon,
et bien ce sera la dernière fois".
J'ai
rêvé de lui cette nuit. J'habitais la Pologne, je recueillais
un petit garçon, de 2 ans environ, avec son perroquet gris
et rouge et son lapin, devant chez moi tout seul à 2h du
matin et le lendemain, c'est lui en plus vieux pourtant, qui venait
me remercier de m'être occupée de son petit. Et je
me disais " tiens ça fait si longtemps, il ne me reconnaît
pas ", j'étais heureuse de le retrouver et triste aussi.
Je rêve de lui au passé, au futur, jamais au présent.

Après
le dégoût de soi, l'envie de lui est revenue ce week-end,
quand j'étais seule. Rien qu'à l'idée de ses
mais sur moi je me sens fondre. Qu'est-ce que j'aime le plus en
lui ? sa langue et son crâne rasé sans doute, ce sont
les parties de son corps qui diffèrent le plus de ceux que
j'ai connus. Sa langue est tellement douce, entre mes lèvres,
entre mes cuisses, j'adore ça. J'ai envie de sentir encore
son sexe glisser dans ma bouche, il est exactement à la bonne
taille, à ma taille. Il passe si facilement de mon sexe à
mon cul, même si je sais que je ne devrais pas faire ça.
Mais justement, le médecin m'avait tant répété
que pour moi c'était fini, ça m'avait tellement révoltée,
j'avais détesté X, j'aurais voulu lui couper à
lui aussi la moitié de la queue comme il m'enlevait à
moi la moitié de mes facultés, que là, c'est
comme une revanche, je me sens entière, moche mais entière.
Et c'est déjà pas mal, c'est même vraiment bien.
Et
moi pourquoi je continue à le voir ? pour Kantor, la Pologne
et le cul. Non, je blague, même si
Parce qu'il me fait
rire. Il me fait rire de plein de façons. Ses petits mots,
les images, les onomatopées, sa façon d'être
direct, sincère, de parler de tout sans problème,
et en enchaînant les choses sans rapport apparent, les photos
qu'il prend, son orgueil, mêlé d'auto critique, les
photos, sa façon de dire " je sais tout " et de
démontrer le contraire la seconde suivante, sans le voir.
C'est parce qu'il me fait rire et parce que j'aime sa langue, au
sens langue française (soyons sérieux). J'adore le
lire, je sais bien que ça le vexe un peu, je ne dois pas
lui redire, mais vraiment, il parle un français extraordinaire.
Certains mots ont toujours la même faute comme " demain
", d'autres sont orthographiés différemment chaque
fois, les phrases sont parfois sans verbes, les verbes sont déclinés
en adjectifs, c'est rare que je ne comprenne pas, c'est arrivé
quand même, mais c'est rare. Voilà, je l'aime comme
sujet d'étude linguistique. Déjà qu'il m'accuse
de ne pas être sincère dans mes emails mais de n'écrire
que pour le plaisir de la littérature. Mais ce n'est pas
vrai, si j'avais une plume facile et intéressante, à
la rigueur, mais là franchement, c'était juste méchant,
c'était aussi lors de notre dernière entrevue, décidément
Et puis ça me paraît normal de choisir ses mots, pour
certains messages, bon. J'ai envie de le voir, j'ai envie qu'il
me parle de son voyage, qu'il me parle tout court. Je dois vivre
les trop courts moments que je passe avec lui de façon la
plus simple possible, ça finira comme ça finira, ça
ne fait rien, mais sinon je vais me gâcher les plus beaux
moments de ma vie.
Bon,
la boude est passée, j'ai la patate. Le désir est
revenu, j'ai envie de sentir le désir dans mon ventre, comme
lorsqu'il glisse ses doigts dans mon sexe, quand il enlève
mon slip. J'ai envie de le laisser faire, de le guider vers ce que
j'aime, mais comment faire ? s'il faut parler aussi, c'est tellement
difficile. Je pourrais écrire ces mots 100 fois, ici ou à
des inconnus sur le tchat, comme avant, mais le dire, pssshhh quel
enfer. Caresse-moi moins vite, attends, mets tes mains comme ça,
arrête toi, fais le encore, non je pourrai jamais avec lui.
Bon bon, on ne va pas recommencer à bouder, se trouver moche
et nulle, et tout ça. J'ai envie de lécher sa peau,
sa peau imberbe près du sexe, c'est tout doux, le haut de
ses cuisses longues et sèches, j'aime sentir quand il appuie
sur mon dos pour que je me cambre plus, il le fait doucement, fermement,
c'est très excitant, j'aime sentir sa queue contre mon sexe,
prête à entrer, je voudrais qu'il vienne parfois d'un
coup, tellement je suis mouillée, parfois très lentement
tellement j'en ai envie. J'adore penser à lui et m'apercevoir
que je mouille, sans le vouloir, dans le métro.
J'ai envie de lui
.

J'ai
commencé à lire ton livre dans le métro hier
soir, en allant dîner chez mon
"ex" que je n'avais pas vu depuis 2 mois environ, c'est-à-dire
avant que je te
rencontre, avant la Pologne, avant que ma vie chavire un peu disons.
C'est
difficile de lire ton livre sans penser à ma propre expérience,
à lui, à toi
aussi, à d'autres encore. Mon ami m'a fait rire, il connaissait
le thème du
livre, et ne voulait surtout pas en lire une ligne, et m'a dit "ça
ne m'étonne
pas que tu lises ces trucs-là". J'ai eu envie pour la
première fois de parler
de toi, heureusement je n'ai rien dit, car du temps où j'étais
avec lui, il
m'encourageait à coucher avec des mecs de mon âge pour
se déculpabiliser, mais,
avant comme maintenant, il serait jaloux que j'aille voir des types
de son âge
et on ne pourrait pas discuter.
Et
puis cette nuit, pour la première fois depuis 1 mois et demi,
mon chat a
dormi sur mes pieds toute la nuit, n'a pas hurlé au mâle
en courant dans tout
l'appartement, et j'ai pu dormir tranquillement. J'ai rêvé
de toi, ce n'était
pas très doux, mais si troublant, j'ai amalgamé malgré
moi le personnage du
livre à toi. Le réveil était curieux.
Pour
une ébauche de fantasmes, j'ai fait un effort pour coucher
ma banalité sur
le papier, les voilà. Dans le dictionnaire, c'est écrit
: " production de
l'imagination par laquelle le moi cherche à échapper
à l'emprise de la réalité".
Ma propre définition ajoute la condition de désir
brut, dans lequel
n'intervient ni la raison, ni aucun (est-ce possible ?) frein d'aucune
sorte.
J'aimerais être riche, parler toutes les langues, etc, oui
comme tout le monde.
Mais c'est du désir réfléchi, évident,
pas brut. Pour la plupart de mes
fantasmes, je ne serai sans doute pas du tout heureuse de les vivre,
c'est pure
expression de désir qui vient de je ne sais où. Pour
moi, le fantasme, c'est
quelque chose de récurrent, qui revient en rêve, en
fond d'inconscient lors de
réflexion ou de discussion, sur lequel c'est difficile de
s'expliquer. Contre
lequel il est difficile de lutter.
J'attends samedi patiemment.
Quand
je pense à toi, j'ai envie de tout et de son contraire. Et
tu sais, je ne
peux plus écrire pour moi sur l'ordi depuis la dernière
fois qu'on s'est vus,
parce que j'ai l'impression que tu lis par dessus mon épaule,
alors je reste
avec mes pensées et mes contradictions, . Ca me fait rire,
mais ça m'énerve
aussi, c'est très bête
.
enfin, je peux dire "à demain"
un petit
peu de Pologne pour moi aussi :
j'ai commencé les " Souvenirs de Pologne " de Gombrowicz
et j'ai envoyé un email
et ce sera la dernière fois que je raconterai mon voyage,
une certaine vision de mon voyage plutôt.
Et je pourrai alors garder tout le reste en moi, pour moi. Comme
tout le reste
n'est que littérature, selon toi, je vais écrire et
lire.
Mais oui, moi aussi j'aimerais que tu dormes avec moi, je te regarderais
dormir,
j'adore regarder les hommes dormir, je te volerais un petit morceau
de toi, un
petit moment, te regarder dormir c'est le temps de tous les fantasmes,
tu ne
serais plus qu'à moi, malléable, tout en étant
ailleurs, au pays de tes propres
rêves, et moi je serai avec toi sans plus avoir à craindre
quoi que ce soit, je
serai juste là. Souvent, moins maintenant, je ne me sentais
jamais à la bonne
place, quoi que je fasse, où que je sois. Et toujours quand
je regardais un
homme que j'aimais, je me sentais juste là où je devais
être.
J'adore tes fautes d'orthographe et de grammaire, elles changent
à chaque fois,
pour un même mot, c'est un français très poétique.
Ton polonais doit être plus
normé... écris encore, je ne me moque pas de toi,
j'aime vraiment. La langue
française, c'est tout ce que je connais et c'est la moitié
de mon travail,
j'aime lire, écrire, écouter cette langue, et j'aime
ta façon de l'utiliser.
Tu ne peux pas tout m'enlever, il ne restera plus rien.
j'ai
envie de te voir, ça ne change rien.
J'ai repensé à ce que tu m'avais dit, que tu n'aimerais
pas que j'aie d'autres amants. J'avais un t-shirt rose aujourd'hui,
c'est la première fois depuis peut-être 17 ou 18 ans
que je mets un t-shirt rose, et j'ai remarqué que ça
a un grand succès auprès des garçons, des hommes
aussi (il ne leur en faut pas beaucoup). J'ai l'impression d'être
déguisée en fille, mais ça me plait de plaire.
Mais pour l'instant, c'est de toi, de ton regard sur moi dont j'ai
envie, de tes mains, de ton sexe et de tes cuisses maigres. J'aime
lire ton désir dans tes yeux quand tu me regardes. J'ai regardé
dans mon dossier " letters" et j'ai lu que l tu avais
fini les tableaux pour la galerie, ça fait longtemps déjà.
Ca m'a touchée que tu aies mis des mots à nous derrière
tes tableaux. J'ai fait deux bouquets de tes fleurs, je suis heureuse
de t'avoir vue hier.
ne faudrait pas que je m'habitue à être trop bien
Amelie