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FLAMBOYANCE ET PERMANENCE par
Bernard
Point Ainsi, quand la permanence de l'expressionnisme multi-coloré de Bogdan rencontre la flamboyance enfouie de Maya, cela devient l'affirmation de leur différence et paradoxalement leur association dans une matière picturale faite de recouvrements en recouvrements. FLAMBOYANCE " FRUITEE " Après une série végétale, abordons les moissons afin d'y récolter fleurs et fruits. C'est ainsi qu'il faut découvrir cette nouvelle série de peintures toujours aussi flamboyantes, mais " fruitées " cette fois, comme le titre très justement Bogdan Korczowski. Un ensemble de huit toiles carrées fait dialoguer huit fleurs éclatées au cur du format. Il importe de les regarder comme des rosaces gothiques d'un transept de cathédrale, qui souvent font rayonner leurs structures au centre d'un carré, afin de le faire tourner sur lui même. Bogdan, en accumulant les matières, en les recouvrant d'une chair de peinture, en les faisant glisser à l'huile les unes sur les autres, donne déjà à ces fleurs la sensualité de leur avenir " fruité " De lourds tracés sombres, à la manière des plombs des vitraux, cernent des couleurs en feu, afin de contenir une passion née de " l'héroïsme de prendre un pinceau " comme l'affirme l'artiste. C'est ainsi qu'il contient ses pulsions pour privilégier le rayonnement exalté de ses fleurs aux pétales noyés sous une surabondance de peinture. Le cur de la fleur peut alors de toiles en toiles quitter le centre géométrique pour se déplacer vers le haut, le bas, la droite ou la gauche, mais toujours, en dépit de velléités d'échappement, rester contenu (même douloureusement) à l'intérieur du support. Le peintre sait limiter sa fougue gestuelle aux limites qu'il s'est fixé. De même, lorsqu 'il évoque sur d'autres toiles des roses tourbillonnantes, s'il évite le cur croisé, il multiplie des débris de courbes dans un cyclone baroque, mais sait dompter ce désordre, grâce à un éclaircissement de sa palette. La structure en croix va se retrouver dans le diptyque constitué de toiles elles même carrées, dont la rencontre peut s'assimiler à la croisée de transept entre deux rosaces. L'artiste toujours aussi généreux ne se contente pas de ce chiffre il nous en offre quatre ! C'est alors que nous pouvons quitter les carrés pour déguster de grands formats verticaux qui cette fois ont fait mûrir de voluptueuses formes ovales. Cette " sensualité végétale " comme le souligne l'artiste, met en évidence d'immenses fruits posés sur des fonds tumultueux qui cachent sous une sorte de peau, leurs émois intérieurs. Comme des mangues, à l'enveloppe austère, ces masses semblent destinées à être déchirées, afin de nous proposer de mordre une matière " fruitée " pour mieux nous enfoncer au cur d'une chair sensuelle... Ces images synthétisent le propos permanent de l'artiste qui nous invite à pénétrer sa peinture, qui au delà de sa protection extérieure n'est que flamboyance. PERMANENCE DU RENONCEMENT Après avoir consacré plus de trente ans à la gravure, Maya Boisgallays se soumet voici deux ans à peine à un nouveau travail, celui de la peinture à l'huile, qui " s'impose à moi de manière totalement inattendue " Pourtant à y regarder de près, il n'est pas " inattendu " de constater la permanence d'une recherche d'un espace intérieur. Seule la distance établie entre la toile et le peintre et celle du graveur et de sa plaque de cuivre diffère. Toujours l'intériorité reste en permanence le sens primordial de cette quête. Renonçant aux effets brillants de multiples foisonnements colorés, l'artiste pénètre le silence d'une méditation. " Etre née au bord d'un lac, avec sa luminosité et son dramatisme " comme elle le dit, l'entraine naturellement à noyer la flamboyance d'une lumière colorée sous de troublantes couches de peinture. De recouvrements en recouvrements, émergent de sobres formes géométriques, flottantes, traversant des espaces brouillés ou assombris. Néanmoins une lumière sous-jacente semble remonter à la surface de ses " peintures noires " qui titrent cette série très actuelle. Un ensemble de deux toiles de même hauteur sont traversées en diagonale par une barre fortement marquée par des limites géométriques qui encadrent dans le premier cas des gris moirés de lumière dorée, sur fond de noirs aux profondeurs variées. La toile jumelle traversée elle aussi en diagonale, laisse flotter cette forme sur un fond brumeux dont le gris fait remonter en surface une lumière profonde, faite des trois obscurcissements d'une fenêtre de nuit. Faisant suite à ces deux toiles, deux autres un peu plus petites laissent circuler des formes souples, canalisées, sur et dans la matière de fonds nocturnes.Ici un certain chaos part à la conquête de l'espace qu'il anime en semblant l'agrandir, car partant du bord inférieur de la toile, il en prend peu à peu possession. Une fois de plus, de façon permanente, c'est la rigueur qui domine. Cette peinture faite de couches multiples et successives semble lentement recouvrir des bouleversements intérieurs. Maya refoule les multiples fragilités de doutes conceptuels, en les enterrant dans un terreau méditatif. Cette uvre faite de renoncements, paradoxalement, s'enrichit de signes rectangulaires dont les gris s'inscrivent dans des équerres qui semblent vouloir se répondre sans pour autant se rencontrer. C'est particulièrement évident à l'intérieur d'un triptyque qui dans notre sens de lecture commence par un dialogue entre deux formes en suspension. L'un, en angle droit se retrouve sur chaque panneau qui prolonge notre lecture vers la droite mais en inversant son positionnement. L'équerre finale se tourne vers le haut et conclue cette montée des fonds vers la surface. Ainsi cette uvre synthétise aussi le travail de Maya, qui imprime, cette fois picturalement, la richesse intérieure d'un renoncement, positivement tourné en permanence vers l'infini. Bernard Point novembre 2007 BOISGALLAYS
KORCZOWSKI Galerie
Nicole Ferry |