Korczowski home

 


Korczowski"Sensualite au Vegetal"2003
huile sur toile 97cm x 130cm

 

Korczowski"Sensualite au Vegetal"1999
huile sur toile 130x 160cm

" La sensualité au végétal "
préface de catalogue par Muriel Carbonnet
Galerie Nicole Ferry,Paris
La nature est le berceau du sublimé et du fantasmé de l'artiste Korczowski.
Son art est comme une parole qu'il croit lancer sur sa toile mais qui finit par essaimer fleurs et bourgeons charnels au sein d'une masse picturale intensément colorée.
Pendant que Korczowski avance dans sa peinture, les boutons s'épanouissent, se dressent, se meurent… mais que veut-il nous faire regarder finalement qui n'est déjà plus ce que nous avons vu ? Peut-être que l'artiste nous parle du temps qui passe ou des femmes qui symbolisent cette sensualité débordante. Un mensonge assumé : ces " Fleurs encore maladroites, froissées. Par la ganse d'hiver du bourgeon. Les femmes se déplissent et s'exposent. C'est le printemps ".
Au niveau cosmique, Bogdan Korczowski ne peut s'empêcher d'érotiser la relation du temps et de l'espace qu'il féminise pour la circonstance, parlant, à leur propos, d'" abstraites amours ", faisant le temps rechercher indéfiniment " la fleur triomphatrice " flottant au seuil de la matrice spatiale, posant, pour finir, ces deux abstractions comme deux miroirs parallèles réfléchissant leurs images à l'infini, rendant bien éphémères les fleurs de l'amour terrestre !
Flux et reflux, inspiration, expiration… on entre dans les œuvres de Korczowski par un parcours utérin graphique que l'on découvre à travers des jardins en fusion… rouges, oranges, jaunes… passionnels et foisonnants. Ses bourgeons, il veut nous les faire toucher, palper. Un éveil au sens. Une invitation à butiner le cœur des entrelacs végétaux.
Une découverte de la sensualité intérieure. Bogdan Korczowski nous enivre : on s'érotise en essayant d'humer les couches de peinture qui rythment l'espace de couleurs vives et de secousses frénétiques. Ainsi, tel un voyeur solitaire, nous faisons évoluer au gré de l'intensité de notre rétine ce jardin d'Eden animé par nos propres désirs ! Une promenade initiatique… " Là, où tout n'est qu'ordre et beauté. Luxe, calme, et volupté ".
Muriel Carbonnet 30 mai 2002


CIMAISES
Bogdan Korczowski superpose les couches de peinture sur ses toiles et crée d'étranges amas de matière, des éraflures et des turgescences embrasées de couleurs de feu, ou des glissements pâteux, des coulées écarlates qui rappellent le magma. Son art se lit comme une carte géologique du monde, avec ses accidents, ses aspérités, ses reliefs, ses érosions. Fiévreusement, passionnément, énergiquement, Korczowski sature ses supports d'une matière étincelante et les remplit d'un foisonnement de signes célestes et telluriques et d'éléments végétaux. Une cosmogonie expressionniste.
Daphné Tesson
Le Quotidien du Médecin du : 04/06/2004
Exposition" Nova Polska"
Galerie Nicole Ferry, 57, quai des Grands-Augustins 75006 Paris


Préface du catalogue,
Galerie Nicole Ferry 2000
"Les planètes s'en sont allées..."Muriel Carbonnet

Il est des voyages que l'on doit faire, introspectifs, intimes. Ils s'imposent à nous brutalement, sans détour, sans ambiguïté. Et c'est en plein désert, celui d'Azerbaïdjan, celui du sud-ouest des Etats-Unis ou celui du sud de la Tunisie, que l'on se retrouve face au monde, face à soi. Etre là, être nulle part. Errances mentales. Divagations d'un voyageur égaré? "Il faut traverser son Sahara intérieur, se laisser mourir de soif pour comprendre les choses, le sens de la vie, celui de sa vie. J'ai vraiment souffert en faisant ces tableaux" confie Korczowski. Il est des sensations à chercher, celles de se perdre dans un espace de non-retour ou d'un autre retour. Il est des douleurs que l'on doit éprouver, des errances nécessaires, des souffrances salvatrices.

C'est ainsi que les planètes s'en sont allées vers d'autres galaxies. Elles ont quitté celle de Korczowski. Elles ont suivi un autre chemin, une autre destinée. Le noir et le gris ont recouvert ou cerné les couleurs lumineuses, les oranges, les rouges. Les signes, triangles, croix, cercles parfaits ont disparu, engloutis dans des spirales végétales, recouverts par les feuilles d'un arbre de vie torturé. Le feu purificateur a totalement consumé les toiles de l'artiste. Des cendres renaît un monde qui se remet peu à peu en place. Fascination dans le deuil, étourdissement de la nostalgie, ivresse de la mélancolie. Au travers des filons charbonneux, des fleurs décaties et des branches contorsionnées apparaît de-ci, de-là, un petit accès à la lumière des lointains. L'espoir n'est pas perdu. Bousculé, chahuté, un nouvel ordre en état de gestation tente d'émerger.

Force est de constater que la peinture est ici chemin de passage, passage pour accéder à la vérité, au renouveau. Pour cela, Korczowski va au fond de lui-même. Itinéraire complexe, violence du geste, ardeur sourde, impitoyable et solitaire. Il saigne toujours bidons et tubes d'huile mais aussi son corps, son cœur. Et si l'artiste éprouve une certaine solitude à peindre c'est parce que, face au tableau, il est seul et finalement heureux de l'être, même s'il est "horriblement seul". Car bien sûr, attirance et répulsion fusionnent, s'épousent, s'accouplent même dans ses toiles, comme un état de grâce, une source de création, d'inspiration. Korczowski se dégage alors de toutes les références pour n'écouter que ses pulsions, ses désirs, ses passions, ses démons, ses peines ou ses joies. Et dans le désert qu'il parcourt, il n'y a pas non plus de repère, il n'y a que la voûte céleste de son imagination qui écrase ou qui protège, qui oppresse ou qui rassure. De la densité tapageuse à la transparence douceâtre, toute la démarche de Korczowski va de la matière à l'ineffable, de la force contenue à l'explosion, à la libération d'un paysage mental éprouvé lors d'un voyage au bout du monde, au tréfonds de son âme.
Muriel Carbonnet


Cimaises
texte: Daphné Tesson:
A regarder les oeuvres de Korczowski, au milieu de cette confusion de feuilles, de branches, de formes enroulées, de symboles naturels, on pense aussitôt à l' exaltation du monde végétal. Mais les tons violents, roux et cramoisis, la peinture dense et coulante, la profusion d' entrelacs confèrent finalement à ce travail une autre dimension. Il est davantage qu' une simple recherche sur la nature. Tout devient protéiforme, les feuilles se font flammes, les branches êtres humains.
Flamboyance de l' automne ou fournaise de l' Enfer ? On ne sait jamais trés bien.
Il y a quelque chose de mystérieux et d' inquiétant dans cet univers complexe aux multiples facettes. C' est une sorte de big bang violent et vertigineux. Une peinture intense.
Daphné Tesson
"Le Quotidien du Medecin" 18 fevrier 2000


" Dictionnaire des Arts Plastiques, Modernes et Contemporains. "
Editions Gründ, Paris 2001
Biographie(extrait) par Jean Pierre Delarge" Dans le tragique de l'expressionnisme, il introduit la symétrie. Ses icônes sont peintes pour le seul goût de la peinture. Les formes, les objets, les écritures ne sont que prétextes. Sur fond de buisson ardent, le feu prend, gris encore et fuligineux, la flamme, n'a pas éclaté. Des pyramides avec ou sans degrés, des ogives, des graphies oubliées, des carrés ou encore d'autres géométries, signifiantes celles-là : l'œil de Dieu dans un triangle, la croix… écrasée par une étoile rouge, une entrée de tunnel qui pénètre dans un plan d'huiles foliacées, ou le monde en fusion, sphères en flammes, rideaux de feu. Tout naturellement, il est amené à traiter de l'enfer, en rouges, orangés et bleus, les flammes, encore, montent, enserrant les âmes…avec ses langues de feu, toujours. Ou de la roseraie maléfique, variant bleus e violets en formes retombantes avant de se faner….le feu est toujours présent en arrière de formes florales sobres, dressées comme des grilles de fer forgé. "
Jean- Pierre Delarge (extrait)
" Dictionnaire des Arts Plastiques, Modernes et Contemporains. "
Editions Gründ, Paris 2001


Bernard POINT "KORCZOWSKI ET ... PARADOXES"
(preface de catalogue pour les expositioins dans le cadre "Nova Polska" 2004):

Franchir la porte de l'atelier de Bogdan Korczowski c'est immédiatement sentir l' odeur antique et presque désuète de térébenthine. J'entre, sans conteste, dans la réalité sensuelle de la peinture à l'huile, et je sais que j'en serai imprégné, nourri. C'est quelque chose de très rare aujourd'hui, de vaguement archaïque, voire pour certains de totalement dépassé. Pourtant après avoir plongé dans cet univers, après avoir constaté que le piège tapissé de couleur et de matière se refermait, monte en moi la certitude que je m'aventure dans une histoire paradoxalement moderne. La peinture de Bogdan Korczowski avant même d'être regardée, analysée, tableau par tableau se livre dans la globalité d'un environnement saturé de sa propre matérialité. L'encombrement foisonnant de l'atelier, où les peintures se côtoient à touche-touche et souvent se superposent, crée une sorte d'installation à la polychromie contrastée. Je suis englué au cœur d'un magma bouillonnant qui ne ménage ni recul ni sortie possible. Les murs habillés de toiles qui m'environnent semblent une peau faite de griffures, de boursouflures incandescentes, de mystérieuses sédimentations.... La faible distance me séparant des cloisons oblige mon regard à se porter en priorité sur tel ou tel signe, forme, geste pictural, éléments accrochés mais surtout décrochés des grands ensembles toilés tendus sur châssis. Je regarde la peinture de Bogdan Korczowski, contrairement à mes habitudes, en premier par le détail qui m'interpelle, avant de me laisser entraîner dans une lecture plus globale jusqu'à devenir murale. Le paradoxe Korczowski fonctionne comme un grand naufrage où je risque la noyade avant d' y trouver des planches de salut afin de pouvoir construire mon radeau d'où je peux à nouveau redécouvrir l'horizon. La peinture de Bogdan Korczowski est une grande marée houleuse que l'on ne dompte pas mais dans laquelle il faut savoir nager. ............ Je me souviens, il y a quelques années lors de ma première visite, après avoir surfé de toile en toile, après avoir suivi des traces et après les avoir perdues, je cherchais déjà quelles oeuvres choisir pour une hypothétique exposition, sans pouvoir retenir certains de ses composants, pour en donner à voir l'essentiel. L'œuvre de Bogdan Korczowski ne se reçoit pas comme une chose en elle-même. Elle travaille sur la mémoire - du peintre - mais aussi du regardeur de cette peinture, puisque le tableau au dire de son auteur " acquiert sa propre vie ". Il s'agit donc d'itinéraires croisés, porteurs et/ou réceptacles de temps partagés et de moments échangés. Cette peinture refuse tout élément d'analyse formelle, tout classement réducteur. Impossible de choisir au cœur de cet univers baroque où les espaces traversés de profondeurs abyssales peuvent brusquement se refermer sur la négation de croisements de surface. Cette peinture engloutit et s'engloutit........... Dans le cas présent, c'est au public de vivre directement l'aventure d'une expérience artistique. " Dans la peinture il y a de la matière qui se dégage, elle donne envie de toucher certains tableaux... La mémoire est étroitement liée aux sens. La mémoire a une odeur, un toucher. " déclare Bogdan Korczowski qui dans la générosité d'une volonté de partage, donne au public la possibilité physique de rencontres privilégiées avec la matérialité d'une peinture pourtant arrêtée dans le temps de la contemplation.Encore un paradoxe Korczowski que ce droit à toucher, à déplacer, à déranger de précieuses icônes brûlées de feux intérieurs, afin de permettre à chacun de les mettre en évidence dans son iconostase personnelle, au risque de gestes maladroits ou iconoclastes. Bogdan Korczowski m'offre - nous offre - le plaisir rare d'une fréquentation sensuelle de sa peinture par sa prise en main afin d'en réaliser charnellement sa prise en corps. La toute dernière série d'une vingtaine de toiles verticales ( 130 X 100 ) s'accumule sur les murs de l'atelier. Elles sont rangées les unes sur les autres et au fur et à mesure de leur inventaire laissent se découvrir les multi couches de peinture qui de couvrements en recouvrements témoignent d'une énergie nouvelle. La matière picturale coule, descend selon les lois de gravité, singulièrement alourdie de glissements épais ou au contraire vidée de coulures anémiées. Bogdan Korczowski semble labourer difficilement des sols encombrés de limons fangeux ou entailler contradictoirement des landes arides, profondément ravinées. Cette ténacité à fouailler les champs avec l'énergie du laboureur fait se redresser ces plaines en de fertiles végétations. A vivre le vertige de ce basculement de l'horizontalité à la verticalité il me semble pénétrer dans un univers riche de boursouflures contrastées mais pourtant sans violence car exprimé par de multiples et incessants touchers de pinceaux/passions. La gestuelle expressionniste de Bogdan Korczowski m'entraîne dans les tourbillons d'une coulée de matière en fusion, tout en m'offrant les plaisirs sensuels mais apaisés d'une délectation chaleureuse... Et ce n'est pas le moindre paradoxe rencontré dans l'œuvre de Korczowski !
Bernard POINT