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Art Contemporain
BOISGALLAYS -
KORCZOWSKI

Vernissage le jeudi 31 Janvier 2008 à 18h

Galerie Nicole Ferry
57, quai des Grands Augustins
75006 Paris
mardi-samedi 14h30-18h30
tel: 01 46 33 52 45

http://www.galerienicoleferry.fr


FLAMBOYANCE ET PERMANENCE

par Bernard Point

En prévision de cette exposition, une visite dans l'atelier de Bogdan Korczowski me replonge dans la flamboyance d'une peinture que je connais depuis plus de sept ans. Ce même jour je découvre dans l'atelier de Maya Boisgallays
la permanence picturale d'un espace contemplatif.

Ainsi, quand la permanence de l'expressionnisme multi-coloré de Bogdan rencontre la flamboyance enfouie de Maya, cela devient l'affirmation de leur différence et paradoxalement leur association dans une matière picturale faite de recouvrements en recouvrements.

FLAMBOYANCE " FRUITEE "

Après une série végétale, abordons les moissons afin d'y récolter fleurs

et fruits. C'est ainsi qu'il faut découvrir cette nouvelle série de peintures toujours aussi

flamboyantes, mais " fruitées " cette fois, comme le titre très justement Bogdan Korczowski.

Un ensemble de huit toiles carrées fait dialoguer huit fleurs éclatées

au cœur du format. Il importe de les regarder comme des rosaces gothiques d'un transept

de cathédrale, qui souvent font rayonner leurs structures au centre d'un carré, afin de le faire

tourner sur lui même.

Bogdan, en accumulant les matières, en les recouvrant d'une chair de

peinture, en les faisant glisser à l'huile les unes sur les autres, donne déjà à ces fleurs la

sensualité de leur avenir " fruité " De lourds tracés sombres, à la manière des plombs des

vitraux, cernent des couleurs en feu, afin de contenir une passion née de " l'héroïsme

de prendre un pinceau " comme l'affirme l'artiste. C'est ainsi qu'il contient ses pulsions pour

privilégier le rayonnement exalté de ses fleurs aux pétales noyés sous une surabondance

de peinture. Le cœur de la fleur peut alors de toiles en toiles quitter le centre géométrique

pour se déplacer vers le haut, le bas, la droite ou la gauche, mais toujours, en dépit de velléités

d'échappement, rester contenu (même douloureusement) à l'intérieur du support.

Le peintre sait limiter sa fougue gestuelle aux limites qu'il s'est fixé.

De même, lorsqu 'il évoque sur d'autres toiles des roses tourbillonnantes, s'il évite le cœur

croisé, il multiplie des débris de courbes dans un cyclone baroque, mais sait dompter ce

désordre, grâce à un éclaircissement de sa palette.

La structure en croix va se retrouver dans le diptyque constitué de

toiles elles même carrées, dont la rencontre peut s'assimiler à la croisée de transept entre

deux rosaces. L'artiste toujours aussi généreux ne se contente pas de ce chiffre…il nous en

offre quatre !

C'est alors que nous pouvons quitter les carrés pour déguster de grands

formats verticaux qui cette fois ont fait mûrir de voluptueuses formes ovales. Cette

" sensualité végétale " comme le souligne l'artiste, met en évidence d'immenses fruits posés

sur des fonds tumultueux qui cachent sous une sorte de peau, leurs émois intérieurs. Comme

des mangues, à l'enveloppe austère, ces masses semblent destinées à être déchirées, afin de

nous proposer de mordre une matière " fruitée " pour mieux nous enfoncer au cœur d'une

chair sensuelle... Ces images synthétisent le propos permanent de l'artiste qui nous invite

à pénétrer sa peinture, qui au delà de sa protection extérieure n'est que flamboyance.

PERMANENCE DU RENONCEMENT

Après avoir consacré plus de trente ans à la gravure, Maya Boisgallays

se soumet voici deux ans à peine à un nouveau travail, celui de la peinture à l'huile, qui

" s'impose à moi de manière totalement inattendue " Pourtant à y regarder de près, il n'est

pas " inattendu " de constater la permanence d'une recherche d'un espace intérieur. Seule la

distance établie entre la toile et le peintre et celle du graveur et de sa plaque de cuivre diffère.

Toujours l'intériorité reste en permanence le sens primordial de cette quête. Renonçant aux

effets brillants de multiples foisonnements colorés, l'artiste pénètre le silence d'une

méditation. " Etre née au bord d'un lac, avec sa luminosité et son dramatisme… " comme

elle le dit, l'entraine naturellement à noyer la flamboyance d'une lumière colorée sous de

troublantes couches de peinture. De recouvrements en recouvrements, émergent de sobres

formes géométriques, flottantes, traversant des espaces brouillés ou assombris.

Néanmoins une lumière sous-jacente semble remonter à la surface de

ses " peintures noires " qui titrent cette série très actuelle. Un ensemble de deux toiles de

même hauteur sont traversées en diagonale par une barre fortement marquée par des limites

géométriques qui encadrent dans le premier cas des gris moirés de lumière dorée, sur fond

de noirs aux profondeurs variées. La toile jumelle traversée elle aussi en diagonale, laisse

flotter cette forme sur un fond brumeux dont le gris fait remonter en surface une lumière

profonde, faite des trois obscurcissements d'une fenêtre de nuit.

Faisant suite à ces deux toiles, deux autres un peu plus petites laissent

circuler des formes souples, canalisées, sur et dans la matière de fonds nocturnes.Ici un

certain chaos part à la conquête de l'espace qu'il anime en semblant l'agrandir, car partant

du bord inférieur de la toile, il en prend peu à peu possession. Une fois de plus, de façon

permanente, c'est la rigueur qui domine. Cette peinture faite de couches multiples et

successives semble lentement recouvrir des bouleversements intérieurs. Maya refoule les

multiples fragilités de doutes conceptuels, en les enterrant dans un terreau méditatif.

Cette œuvre faite de renoncements, paradoxalement, s'enrichit de

signes rectangulaires dont les gris s'inscrivent dans des équerres qui semblent vouloir

se répondre sans pour autant se rencontrer. C'est particulièrement évident à l'intérieur d'un

triptyque qui dans notre sens de lecture commence par un dialogue entre deux formes en

suspension. L'un, en angle droit se retrouve sur chaque panneau qui prolonge notre lecture

vers la droite mais en inversant son positionnement. L'équerre finale se tourne vers le haut et

conclue cette montée des fonds vers la surface.

Ainsi cette œuvre synthétise aussi le travail de Maya, qui imprime, cette

fois picturalement, la richesse intérieure d'un renoncement, positivement tourné en

permanence vers l'infini.

Bernard Point novembre 2007